Phosphate pour le Maroc, uranium pour la France

par Y. Mérabet*

Si l’exploitation des phosphates du Sahara Occidental, par le Maroc, lui est une aide économique certaine et d’un réel intérêt pour contrôler le marché mondial des engrais phosphatés, les espoirs du Maroc d’utiliser ces mêmes phosphates sahraouis, dans ses relations politiques avec d’autres Etats, débouchent sur un échec.

Le Maroc et la France convoitent le Sahara Occidental pour son Phosphate

Lorsque l’Union européenne apporte son aide pour le tracé géographique du Maroc, lorsque des accords sont signés avec des sociétés étrangères sur les phosphates «marocains» sans que soient précisées l’origine des minerais ou la délimitation du territoire à cartographier, le Maroc semble avancer dans la voie de cette légitimation et espère pouvoir en tirer profit dans ce sens.
Pourtant si les activités marocaines au Sahara Occidental paraissent aider le Maroc dans cette recherche, elles montrent leur limite. En effet la communauté internationale n’avalise toujours pas cette occupation du territoire sahraoui ainsi que l’a déclaré James Baker, l’ancien envoyé personnel du Secrétaire Général de l’O.N.U. pour le Sahara Occidental, sur la chaîne de télévision américaine PBS-TV le 19 août 2004: « Le Maroc n’aura jamais l’imprimatur de la reconnaissance internationale pour son occupation du territoire».
Pas moins de 426 organisations du monde entier ont signé la lettre de pétition, demandant à la commission de l’UE que le Sahara Occidental soit clairement exclu de la coopération dite « statut avancé » qui est actuellement en cours d’accord avec le Maroc.
Plus de 1.000 résolutions de l’ONU appellent au respect du droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. L’ONU considère le Sahara Occidental comme un problème de décolonisation et dénomme le territoire comme occupé et annexé. En outre, les revendications infondées du Maroc sur le territoire ont été rejetées par la Cour Internationale de Justice.

Le Sahara Occidental est occupé par le Maroc

Les entreprises qui concluent des accords avec les autorités marocaines dans les territoires occupées, donnent un signe de légitimité à l’occupation. Cela ouvre aussi des possibilités de travail aux colons marocains et de recettes illégales au gouvernement marocain. Les militants pour l’indépendance et le gouvernement Sahraoui demandent aux compagnies étrangères de quitter le Sahara Occidental jusqu’au recouvrement de son indépendance, seule solution au conflit.
Aux prix actuels du phosphate à 400 dollars la tonne, cela signifie que le gouvernement marocain engrange environ 1,2 milliard de dollars annuellement grâce à l’exploitation illégale dans les territoires occupés. Ces trois dernières années, la production annuelle de la mine de Bou-Craa a été d’environ trois (3) millions de tonnes.
Si l’on considère les prix actuels par rapport au volume total de phosphate exporté par le Maroc à partir du Sahara Occidental occupé depuis le début de l’occupation en 1975, la somme totale perdue par le peuple sahraoui pourrait atteindre les 25,6 milliards de dollars. Le sous-sol Sahraoui quant à lui seul, recèle le 1/3 des réserves mondiales de phosphates, soit 10 milliards de tonnes, le Sahara Occidental détient la deuxième place dans les réserves mondiales de phosphate.
La cote atlantique du Sahara Occidental pourrait receler beaucoup de pétrole en ‘offshore’. En 2001, le Maroc a signé des contrats pour sonder les cotes du Sahara Occidental, en vue de découvrir des nappes de pétrole. Au mois de février 2002, un arbitrage des Nations-Unis a déclaré illégale l’attribution par le Maroc de contrats d’extraction du pétrole du Sahara Occidental, du fait que la question de l’appartenance du territoire au Maroc reste litigieuse.

Autres intérêt du Phosphate

En dehors du rôle fondamental du phosphate dans la production agricole, les 15% des phosphates d’usage non agricole sont utilisés dans la métallurgie (alliage), l’industrie chimique (pesticides, détergents), pétrolière (lubrifiant), alimentaire et pharmaceutique. Par ailleurs les phosphates bruts renferment, outre du phosphore, raison de leur exploitation, différents corps simples. Parmi ceux-ci, l’uranium accompagne la plupart du temps les phosphates sédimentaires quelle que soit leur localisation géographique. La plupart des mines de phosphate sont utilisées dans la fabrication d’engrais pour améliorer les récoltes, ainsi que la capacité d’extraire des métaux rares et des éléments radioactifs. Parmi ces éléments, les isotopes de l’uranium produit qui peut être obtenu au cours du traitement des engrais de phosphate ou de phosphate tout simplement, l’acide phosphorique. Le phosphate du Sahara occidental contient en moyenne 200 grammes d’uranium par tonne. L’uranium des phosphates peut être récupéré à l’occasion de la fabrication d’acide phosphorique (H3PO4).
Cette récupération est devenue possible et rentable depuis une vingtaine d’années. Ainsi, en 2007, pas moins de 13,4% de l’uranium utilisé dans le monde provenait du traitement des phosphates. L’industrie française de l’uranium fraude sur la récupération de l’uranium sahraoui en complicité avec le Maroc, l’AIEA ferme les yeux.
En contre partie et avoir partagé le gâteau ensemble, la France offre une centrale nucléaire (en phase de démarrage) d’une puissance de 1.300 MW RPR à eau pressurisée pouvant être utilisé pour des fins militaires pour produire des armes nucléaires à destruction massive. Le Maroc a toujours aspiré acquérir une centrale nucléaire à usage militaire, pour montrer quoi ? Rien, sinon que pour dire que le Maroc est une puissance militaire, alors que son peuple est affamé? Ou bien pour des raisons économiques basées sur de faux calculs, alors que le Kilowatt d’électricité produit par une centrale nucléaire revient deux fois plus cher que celui produit par une centrale à flamme fonctionnant au fioul, GPL ou du gaz naturel d’autant plus qu’il y a un gazoduc qui traverse le Maroc de part et d’autre qui pourrait subvenir à tous les besoins énergétiques marocains. Le Maroc s’est considérablement investi dans la production d’énergie renouvelable en partenariat avec la France, l’Allemagne et Israël pour produire à l’horizon 2030 pas moins de 80% de son énergie par le soleil et du vent. Le Maroc est incomparable aux pays producteurs de pétrole qui s’inquiète de l’après pétrole, il vit au dépends des innovations technologiques européennes, il est bien comme il est sans nucléaire. L’arme nucléaire que prétend acquérir le Maroc, ne pourra plus être maintenant utilisée comme une force de frappe contre un ennemi, mais comme un moyen de dissuasion parmi d’autres. Certains régions ou pays du globe qui recèlent de grandes quantités d’énergie se trouvent menacés par les Etats de l’EDAN, non producteurs de pétrole ou qui produisent insuffisamment pour satisfaire leur besoin, veulent acquérir un moyen de dissuader leurs agresseurs, ils n’ont pas trouvé mieux de recourir à l’arme nucléaire.Le Maroc, n’a rien, il est menacé par personne alors pourquoi cherche t-il après l’arme nucléaire? Pour protéger quoi? C’est bien aux Sahraouis d’utiliser l’arme nucléaire comme moyen de dissuasion pour protéger leurs ressources énergétiques contre la convoitise Franco-marocaine. Si la France de Sarkozy a promu une française d’origine marocaine au poste de Ministre de la Justice c’est sans doute pour lutter aux cotés du Maroc pour s’éterniser au Sahara Occidental. Le roi du Maroc veut-il acquérir l’arme nucléaire pour l’utiliser contre ses pays voisins, avant que son peuple ne soit décimé par la famine? Ou bien pense t-il le nourrir par des isotopes ?

Le phosphate sahraoui change de nom

Pas moins de 4 000 tonnes d’uranium pourraient être extraites annuellement des phosphates dans le monde, comparer aux 65.000 tonnes produites à partir des mines d’uranium cela représente 6,15% de la production mondiale d’uranium. Le Sahara Occidental avec ses importants gisements devient un enjeu politique de colonisation partagé entre la France, le Maroc et l’Espagne au détriment du droit du peuple Sahraoui à son indépendance économique et politique. A Bou-Craa, au Sahara Occidental se trouve le deuxième gisement phosphatier du monde, le minerai ne connaît aucune transformation chimique. Il n’y est pas utilisé localement pour la fabrication d’engrais ou d’acide phosphorique. Avec la complicité de la France et de l’Espagne principaux pays qui posent des entraves pour l’indépendance de cette ancienne colonie espagnole, le Maroc tire profit de cette situation rendue confuse par les entraves européennes pour voler les ressources vitales du peuple sahraoui avec violence. Le Maroc s’amuse à ajourner chaque fois le processus référendaire au Sahara Occidental, question de gagner du temps et profiter au maximum des ressources de ce pays qu’il occupe. Avec ses deux alliés européens: la France et l’Espagne, le Maroc s’est bien gardé d’engager des financements dans l’élaboration d’innombrables produits finis du phosphate Sahraoui. Il se contente d’y exploiter le minerai sahraoui, ménageant ses propres réserves de phosphates et les préservant pour l’avenir, quant à la France, elle se réjouit de s’accaparer gratuitement de tout l’uranium soustrait du phosphate sahraoui.
Le minerai est juste transporté par un convoyeur mécanique, un tapis roulant, jusqu’à El Aiun où il est lavé puis chargé sur des navires minéraliers. Il perd alors son identité de phosphate sahraoui et prendra l’étiquette «Made in Marocco». Une fois entre les mains des français, il nous y retourne sous forme de bombes au phosphore du même type que ceux larguées par Israël contre nos enfants de Gaza ou transformé en combustible nucléaire pour être vendu frauduleusement aux pays fabricants d’armes nucléaires non signataires du TNP (Israël, le Pakistan et l’Inde).

Conclusion
La récente décision des U.S.A. d’exclure le Sahara Occidental de l’accord de libre échange signé avec le Maroc en apporte une nouvelle démonstration. En effet le représentant américain au commerce extérieur a affirmé que le Sahara n’était pas concerné par cet accord. Ainsi les efforts du Maroc d’utiliser les ressources du Sahara Occidental pour faire reconnaître son occupation du territoire sahraoui se révèlent être vains et sans fondement.

*Expert en énergie

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